Encyclopédie - Jack Kirby - Marvel-World.com

Encyclopédie - Jack Kirby

Temps estimé pour la lecture de cet article : 19 minutes.

kirby-jack_0.jpg

  • Nom complet : Jack Kirby (nom de naissance : Jacob Kurtzberg)
  • Surnoms & pseudonymes : The King ; Jack Curtiss, Curt Davis, Charles Nicholas, Ted Grey, Fred Sande, Teddy
  • Date de naissance : 28 août 1917
  • Lieu de naissance : New York (New York, Etats-Unis)
  • Date de décès : 6 février 1994
  • Lieu de décès : Thousand Oaks (Californie, Etats-Unis)
  • Nationalité : Américaine
  • Parents connus : Rosalind « Roz » Goldstein (épouse, 25 septembre 1922 – 22 décembre 1998), Benjamin Kurtzberg (père, décédé) ; Susan Kirby, Barbara Kirby, Lisa Kirby (filles) ; Neal Kirby (fils)

Histoire

Jack Kirby fut l’un des dessinateurs américains de comics ayant eu le plus d’influence, au style reconnaissable entre tous et d’une prolixité inégalée. Il fut également un scénariste et un éditeur. Son poids dans le milieu fut tel qu’il reçut le surnom de « The King ».

  • I. Les premières années

Né Jacob Kurtzberg de parents autrichiens de confession juive dans la ville de New-York, il grandit sur Suffolk Street, dans le coin de la Delancey Street du Lower East Side new-yorkais. Son père, Benjamin, ouvrier dans une manufacture de vêtements, était un juif conservateur et Jacob fut inscrit dans une école hébraïque. Son frère, de cinq ans plus jeune que Jacob, mourut avant lui. Après une enfance tumultueuse et agitée, faite de bagarres entre groupes d’enfants du type de ceux qu’il allait rendre bien plus héroïques dans ses futurs comics (le personnage juif de Ben Grimm, des Quatre Fantastiques, fut ainsi élevée sur la tumultueuse « Yancy Street », comme son frère aîné qui mourut le premier ; en plus de porter le prénom du père de Kirby, son second prénom est Jacob, le prénom de baptême du King lui-même). Kirby s’inscrit au Pratt Institute de Brooklyn à l’âge, selon lui, de 14 ans, le quittant après une seule semaine : « Je n’étais pas le genre d’élève que le Pratt recherchait. Ils voulaient des gens qui travaillerait sur la même chose pour toujours. Je ne voulais travailler sur quoi que ce soit à tout jamais. J’avais l’intention d’achever le travail entamé. » (Interview de « The Comics Journal # 134 » de février 1999). Dans les faits, le père de Kirby perdit son emploi vers cette époque, suite à la crise de 1929 et fut incapable de continuer à payer l’inscription de leur fils. Essentiellement un autodidacte, Kirby citait parmi les artistes l’ayant influencé, les dessinateurs de comics strips Alex Raymond et Milton Caniff.

kirby-jack_1.jpgDécidé à continuer dans cette voie, Kirby persista à dessiner. Il rejoignit la Boys Brotherhood republic (BBR), une organisation enseignant aux jeunes hommes le sens des responsabilités : « Elle avait son propre journal et j’étais le dessinateur du journal » raconte Kirby. K’s Konceptions, son strip régulier pour le journal de la BBR, était le premier contact de l’adolescent de 16 ans avec le monde de l’édition. Selon sa propre mémoire – parfois faillible – Kirby rejoignit le Lincoln Newspaper Syndicate en 1936, y travaillant sur les comics strips du journal et sur des dessins publicitaires d’une seule image, comme « Your Health Comes Forst » (sous le pseudonyme de Jack Curtiss). Il y resta jusqu’à la fin de 1939, travaillant sur des strips comme The Black Buccaneer, Detective Riley et Socko the Sea Dog, puis travailla pour la compagnie de cinéma d’animation Fleischer Studios comme un « intermédiaire » (c’est-à-dire un dessinateur qui complète l’action entre les trames des principaux déplacements) sur des dessins animés de Popeye ou de Betty Boop. « Je suis allé de Lincoln à Fleischer » se souvenait-il « De Fleischer, j’ai du partir en quatrième vitesse parce que je ne pouvais pas supporter ce genre de travail » décrivant la société comme « une usine en un certain sens, comme la manufacture de mon père. Ils manufacturaient des images. » (ibidem). Ces tâches répétitives lui permirent de développer son style et d’améliorer sa vitesse de dessin, qui allait devenir ses marques de fabrique.

Vers cette époque, « je commençais à voir apparaître les premiers comics » (ibidem). Les premiers comics américains étaient des rééditions des strips parus dans les journaux ; bientôt, ces « comics » de format tabloïde (25 cm x 37,5 cm) commencèrent par inclure du matériel original sous la forme de strip. Kirby commença à écrire et dessiner de telles histoires pour les comics Eisner & Iger, l’une d’une poignée de sociétés créant des comics sur demande des éditeurs. Au sein de cette compagnie, Kirby effectua ce dont il se souvient comme de son premier travail de comics pour Wild Boy Magazine (dans une interview de The Nostalgia Journal # 30 de novembre 1976). Cela inclut des strips tels que l’aventure de science-fiction The Diary of Dr. Hayward (sous le pseudonyme de « Curt Davis »), le strip de justicier de western Wilton of the West (sous le nom de « Fred Sande ») et le strip de cape et d’épée « The Count of Monte Cristo » (de nouveau comme Jake Curtiss) et les strips humoristiques Abdul Jones (sous le nom de « Ted Grey ») et Socko the Sea Dog (sous le pseudonyme de « Teddy »), tous pour Jumbo Comics et d’autres clients d’Eisner-Iger. Kirby eut aussi son utilité en dehors de ses talents artistiques quand il réussit à faire fuir un truand qui malmenait Eisner pour le service de serviettes de leur immeuble.

kirby-jack_2.jpgKirby rejoignit alors l’éditeur de comics et syndicaliste de journaux Fox Feature Syndicate, gagnant un salaire alors raisonnable de $15 par semaine. Il commença à explorer le récit de super-héros avec le strip The Blue Beetle (de janvier à mars 1940), mettant en scène un personnage créé sous le pseudonyme de Charles Nicholas, un nom « maison » que Kirby conserva pour ce strip d’une durée de trois mois.

  • II. Kirby & Simon

Au cours de cette époque, Kirby rencontra et commença à travailler avec l’artiste de dessin-animé et éditeur de la Fox, Joe Simon, de deux ans son aîné, qui, en plus de son travail de gestion continuait à travailler en indépendant. Simon, lors de leur rencontre, avait commencé à carrière à Funnies Inc., où l’éditeur Lloyd Jacquet et les dessinateurs Bill Everett, Carl Burgos et d’autres créaient des comics pour les éditeurs, d’une manière similaire à celle des studios Eisner & Iger. L’un des clients de Funnies Inc. était Timely Comics, qui allait devenir Marvel Comics. Là, Simon créa des personnages comme the Fiery Mask pour Timely et the Blue Bolt pour Curtis Publishing Co. tout en continuant à travailler en parallèle en indépendant. Parlant lors d’une convention internationale de comics de 1998, à San Diego (en Californie), Simon racontait la rencontre : « J’étais en costume et Jack pensait que c’était vraiment chouette. Il n’avait jamais vu un dessinateur de comics en costume auparavant. La raison pour laquelle je portais ce costume était que mon père était un tailleur. Le père de Jack était aussi un tailleur, mais il fabriquait des pantalons ! Peu importe, j’effectuais des travaux indépendants et j’avais un petit bureau à New-York, à peu près à dix pâtés de maison de ceux de DC et de la Fox [Feature Syndicate] et je travaillait sur Blue Bolt pour Funnies, Inc. Donc, bien sûr, j’adorais le travail de Jack et la première fois que je l’ai vu, je ne pouvais pas croire ce que je voyais. Il me demanda si nous pouvions travailler ensembles en indépendants. J’étais ravi et je l’emmenais à mon petit bureau. Nous travaillâmes sur le deuxième numéro de Blue Bolt… » (extraits de l’intervention de Joe Simon au Comic-Con International de 1998, repris dans Jack Kirby Collector # 25 d’août 1999) et ils restèrent une équipe au cours des deux décennies suivantes.

kirby-jack_3.jpgPour alléger sa masse considérable de travail, Simon recruta l’aide de Jack et Blue Bolt # 2 de juillet 1940 fut leur première collaboration. Au début des années 2000, des dessins originaux d’une collaboration inédite, de cinq pages, de Simon & Kirby, titrée « Daring Disc » (qui précéda peut-être le travail du duo sur Blue Bolt) fut publié. Simon publia l’histoire dans la version remise à jour en 2003 de son autobiographie « The Comic Book Makers » (in « The First Simon and Kirby Story ? », non daté). Dans tous les cas, rapidement, ils développèrent un partenariat unique, chacun capable de gérer tous les aspects de la production d’un comics, selon les besoins ; selon Jack, « nous collaborions de manière très proche sur les histoires et le dessin ; je dessinais et j’encrais ; Joe dessinait et encrait et nous faisions ce qui était nécessaire pour terminer le travail. ». C’est vers cette époque que Jacob Kurtzberg adopta définitivement le nom de Jack Kirby ; selon Simon, Jack fit cela afin que la Fox ne sache pas qu’il travaillait en indépendant parallèlement à son travail chez eux. Le duo commença à travailler pour divers éditeurs, dont Fawcett Comics où ils produisirent le premier numéro de Captain Marvel Adventures et contribuèrent à Wow # 1. C’est peu après qu’ils commencèrent leur association avec Timely, de l’éditeur de pulps Martin Goodman, où ils produisirent Red Raven Comics # 1. Bien que Kirby n’eut pas été impliqué dans la création du personnage éponyme, il intervint dans la seconde histoire, qui mettait en scène Mercury, un être mythologique doté d’une grande vitesse, ce qui fut le premier travail de Kirby pour la future Marvel. Simon et Kirby poursuivirent leurs travaux sur Marvel Mystery Comics. La montée des sentiments patriotiques et le déclenchement de la guerre en Europe poussa la nouvelle équipe de Simon & Kirby à créer le héros patriotique Captain América, directement publié dans Captain America Comics # 1 (avec une date de couverture de mars 1941), vers la fin de 1940 qui devait influencer de nombreuses autres créations. Leurs perspectives dynamiques, une utilisation révolutionnaire des cases, des techniques de cinématique et un sens exagéré de l’action firent du titre un succès immédiat et redéfinit les règles du dessin pour les comics.

Captain América fut le premier et plus important personnage à succès que le duo devait produire. Leur contrat ne concernait que dix numéros de la série, ce qu’ils firent, avant de passer à autre chose : suite à un conflit financier avec Martin Goodman, Simon, l’homme d’affaires du duo, leur avait trouvé un meilleur contrat auprès de la National Periodical Publications (la future DC) ; avant de quitter Timely, ils créèrent aussi pour celle-ci les Young Allies. Le nom Simon & Kirby devint bientôt synonyme de palpitants comics de super-héros et les deux hommes devinrent des stars de cette industrie que les lecteurs suivaient de créations en créations. Obtenant un contrat lucratif auprès de leur nouvel employeur, Simon & Kirby ne s’attaquèrent pas aux icônes de DC mais reprirent le Sandman dans Adventure Comics ; ils commencèrent leur rénovation du personnage dans le numéro # 72 de 1942 et, dans le numéro suivant, s’attaquèrent à Paul Kirk, Manhunter, dont ils firent un nouveau super-héros, affrontant les criminels dans des lieux exotiques à travers le monde. Revenant au concept de héros adolescents, ils lancèrent leurs succès suivants avec les équipes « d’adolescents », d’abord la Newsboy Legion (apparue en avril 1942 dans Star Spangled Comics # 7), un groupe de jeunes aidé du héros appelé « the Guardian », puis les Boy Commandos, toujours la même année, cette fois dans Detective Comics # 64, avant de recevoir leur propre série, l’hiver suivant.

kirby-jack_4.jpgLe 23 mai 1942, Jack Kirby épousa Rosalind « Roz » Goldstein. Le couple allait avoir quatre enfants : Susan, Neal, Barbara et Lisa. La même année, il changea légalement son nom de Jacob Kurtzberg à Jack Kirby. Le couple vivait à Brighton Beach, à Brooklyn, lorsque Kirby fut mobilisé dans l’armée américaine vers la fin de l’automne de 1943. Il servit avec l’infanterie de combat de la Troisième Armée, se retrouvant sur la plage d’Omaha Beach en Normandie, dix jours après le débarquement du 6 juin 1944. Alors que la popularité des super-héros commençait à diminuer après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Kirby et son partenaire commencèrent à produire une variété d’histoires d’un autre genre. Ils ont la réputation d’avoir créer le premier titre de romans à l’eau de rose « Young Romance Comics » pour Crestwood Publications (également appelée Prize Comics). De plus, Kirby & Simon produisirent des comics sur des thèmes policiers, d’horreurs, de western ou humoristiques. Après la guerre, le duo créa Black Magic, The Strange World of Your Dreams, Charlie Chan et Young Brides. En 1951, pour Harvey, ils produisirent Boys’ Ranch, un comics de western, qui n’est pas sans rappeler Boy Commandos ainsi que Stuntman and Boy Explorers. En 1954, de retour chez Crestwood, ils délivrèrent leur plat de résistance, Fighting American, une parodie de genre de super-héros, alors à l’état dormant. Ils s’essayèrent aussi aux histoires policières, comme les comics de Headline de Prize Publication ou Justice Traps t